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Une sécheresse d'une intensité inédite fragilise les milieux naturels

Une sécheresse d'une intensité inédite fragilise les milieux naturels

(article rédigé quelques jours avant l’incendie)
Pour Philippe Quéré, chargé de mission Natura 2000 au Grand Site Cap d’Erquy – Cap Fréhel, la situation observée sur les landes littorales est sans précédent.

En juin 2026, la station météorologique de Plévenon, tenue par un observateur amateur, Christophe Amon, n’a enregistré que 5,8 mm de précipitations, dont 4,5 mm tombés le 8 juin. Cette station locale constitue un précieux indicateur pour comprendre l’évolution des conditions sur le Cap.

Les sols de la frange littorale, développés sur le grès, sont particulièrement vulnérables. Très peu profonds, souvent squelettiques et reposant sur une roche cristalline qui retient peu l’eau, ils offrent des réserves hydriques extrêmement limitées. Dans ces conditions, la végétation ne parvient plus à répondre aux besoins liés aux fortes chaleurs.

Les premiers signes de stress sont déjà largement visibles. Une part importante de la floraison des bruyères a séché sur pied, tandis que les ajoncs dépérissent déjà sur les secteurs les plus pauvres en sol, avec des pertes estimées à environ 50 %. Les fougères entrent en dormance pour limiter leurs besoins en eau, et de nombreux arbres présentent des pertes de cime ou des signes de dépérissement. Déjà observées localement lors de la sécheresse de 2022, les mortalités de landes pourraient cette année atteindre une ampleur inédite. Le phénomène continuera de s’aggraver tant que les conditions météorologiques ne redeviendront pas normales. Sur ces sols littoraux très pauvres, plusieurs années de pluviométrie habituelle seraient ensuite nécessaires pour permettre la reconstitution des landes.

Les conséquences sont déjà nombreuses. Le risque d’incendie est désormais extrêmement élevé et pourrait le rester tout l’été, sauf changement météorologique marqué. Les insectes pollinisateurs interrompent leur activité pendant les heures les plus chaudes et s’épuisent au fil des jours, alors même qu’une partie de leur ressource florale a été détruite par la sécheresse.

Certaines espèces patrimoniales sont également concernées. Le manque d’eau compromet la croissance de la gentiane, plante indispensable au cycle de vie de l’Azuré des mouillères. Déjà en fort déclin depuis plusieurs années, ce papillon pourrait subir un nouvel épisode particulièrement défavorable.

Les zones humides du Cap s’assèchent rapidement. Une quarantaine de mares sont déjà à sec ; seules quatre conservent encore de l’eau. À court terme, Philippe Quéré estime probable un assèchement quasi total des points d’eau, comme en 2022. Cette situation menace directement plusieurs espèces, notamment les tritons, dont certaines larves pourraient ne pas achever leur développement avant la disparition de l’eau. Les fonds vaseux des mares favorisent par ailleurs une montée importante de la température de l’eau. Le seul point d’eau susceptible de subsister durablement est un ancien trou de carrière, mais le troupeau chargé de l’entretien des landes refuse d’y boire pour une raison encore inconnue, ce qui interroge également sur son intérêt pour la faune sauvage.

D’autres effets restent difficiles à mesurer. En l’absence de données récentes, Philippe Quéré rappelle que des épisodes comparables ont déjà provoqué, par le passé, une mortalité accrue chez les jeunes chauves-souris anthropophiles lors des fortes chaleurs. Il signale également avoir observé ces derniers jours plusieurs lapereaux morts à proximité du phare, sans qu’il soit possible d’en déterminer l’origine.

Face à ces conditions exceptionnelles, la gestion du site s’adapte. Le pâturage est réorganisé afin que les animaux soient déplacés vers les parcelles les plus ombragées lors des pics de chaleur. Les équipes multiplient également les rondes de surveillance et de sensibilisation.

Un motif d’espoir demeure : les visiteurs rencontrés adoptent jusqu’à présent un comportement particulièrement responsable, aucun fumeur n’ayant été observé durant les épisodes caniculaires.
Reste une inquiétude majeure : éviter qu’un incendie ne se déclare sur des milieux aujourd’hui d’une sécheresse inédite. C’est seulement à l’automne qu’il sera possible de mesurer pleinement l’ampleur des conséquences écologiques de cet épisode, même si la proximité de la mer permet encore de tempérer légèrement les températures par rapport à d’autres territoires.

Photographies de terrain et analyse, Philippe Quéré.

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